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"On ne travaille pas moins que les autres": de nombreux profs ressentent un manque de respect envers leur métier

Sur base des résultats d'un sondage qu'elle a fait réaliser auprès des enseignants, la ministre de l'Education Valérie Glatigny (MR) entend soumettre prochainement à la concertation du secteur une batterie de mesures afin de rehausser le respect envers les enseignants dans les écoles, a-t-elle annoncé mardi.

Mené à l'automne dernier, un sondage auprès de quelque 110.000 enseignants de la Fédération Wallonie-Bruxelles -mais auquel moins de 10.000 ont répondu- montre que près de 40% des enseignants ont été confrontés plus de dix fois au cours de cinq dernières années à un manque de respect de leurs apprenants.  "Sur le terrain, c'est vrai que ce n'est pas toujours facile, ça dépend aussi dans quel établissement on est", constate une enseignante que nous avons rencontré. "Il y a toujours des élèves extrêmement respectueux, plus ou moins respectueux, moins respectueux", constate Claire, une professeur de langues.

Les relations des enseignants avec les familles semblent aussi régulièrement problématiques, la moitié seulement des répondants disant ressentir toujours ou souvent du respect de leur part.  

Autre signe de malaise au sein des établissements: 62% des répondants affirment déjà s'être autocensurés en classe au moment d'aborder des sujets sensibles, sans que l'enquête n'en précise toutefois les circonstances exactes.  "Il y a certaines matières, comme le cours de science ou le cours de religion, où, par rapport à certains élèves il peut y avoir des fois un problème", constate un directeur d'établissement. "Il y a une mise en doute de certains thématiques, dans certains cours".

Raphaël Tabruyn, prof de math, constate aussi un désamour pour ce métier. "On revient toujours sur les mêmes rengaines : beaucoup de congés, pas beaucoup d'heures de travail alors que dans les faits, on ne travaille pas moins que d'autres et le travail a des avantages et des inconvénients comme tous les métiers".

Sensibiliser les familles et les enseignants 

Face à ce constat, la ministre Glatigny entend soumettre aux acteurs de l'école un éventail de mesures afin de renforcer la sensibilisation des familles au respect envers les membres du personnel scolaire, créer des dispositifs de médiation interne aux écoles, mieux former les enseignants, mais aussi revoir la gradation des sanctions prévues par le Code de l'enseignement en cas de comportement irrespectueux ou violent.  

Sur le modèle de la Flandre, la libérale souhaite aussi parvenir à l'élaboration de "contrats" entre les écoles et les parents/élèves où les responsabilités de chacun seraient bien définies. Un renforcement du cadre juridique protectionnel est aussi envisagé pour les enseignants.    

Dans cette logique, tout acte de violence envers un enseignant de la Fédération serait demain puni au même tarif que les gestes violents envers les professions d'autorité (policier, pompier,...).  

En matière de lutte contre les extrémismes en milieu scolaire, la ministre entend organiser prochainement une table ronde rassemblant les pouvoirs organisateurs, les directions, les enseignants, les parents, l'OCAM et la police. Mme Glatigny préconise aussi une implication plus poussée des services de l'Inspection scolaire afin d'évaluer la neutralité au sein des établissements.  

Un "ressenti de terrain" 

Avant même la publication des résultats de cette enquête, sa méthodologie et son faible taux de participation ont été critiqués par l'opposition de gauche, celle-ci estimant les résultats insuffisamment fiables pour en tirer de quelconques conclusions politiques.  

"Ce n'est pas une étude scientifique, mais un ressenti du terrain, une perception", a reconnu mardi la ministre Glatigny. Selon elle, le taux de participation de 10% enregistré pour son "baromètre" est toutefois en ligne avec le niveau de participation constaté généralement pour ce type de sondage d'opinions.    

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