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50 € pour deux minutes de stationnement, ça fait cher la place de parking. Mattias nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous après avoir reçu une contravention qu'il estime abusive.
Se garer, brancher la voiture à la borne, passer la carte et revenir deux heures plus tard une fois le chargement terminé. Des gestes devenus presque automatiques pour Matthias depuis qu'il conduit un véhicule électrique. Et pourtant. En février dernier, ce Bruxellois a laissé sa voiture sur un emplacement réservé aux recharges à Uccle. "Une semaine plus tard, j'ai reçu une amende de 50 € sans trop d'explications", raconte le principal intéressé.
Après plusieurs échanges de courriels, il comprend ce qu'on lui reproche, à savoir, avoir laissé le véhicule sur ce type d'emplacement après la fin de la recharge. Mais il y a une subtilité : "Je suis venu chercher ma voiture à 17h07 alors que la recharge se terminait aux alentours de 17h05. Doit-on maintenant courir à notre voiture lorsque la recharge est terminée ?", se questionne-t-il.
"Logiquement, ça ne doit pas arriver"
En fonction des contrats, différentes instances peuvent contrôler et éventuellement sanctionner les véhicules stationnés sur des places avec bornes de recharge qui ne doivent pas s'y trouver. Dans ce cas précis, il s'agit de la commune. "On va verbaliser, par exemple, un véhicule thermique qui est stationné sur un emplacement prévu pour la recharge, ou si une personne qui a fini de charger laisse son véhicule sur place pendant un long moment", explique Thibaud Wyngaard, échevin de la Mobilité à Uccle.

Notre interlocuteur reconnaît toutefois qu'il y a normalement une certaine souplesse en fonction du timing : "Logiquement, il ne doit pas y avoir de verbalisation quelques minutes à peine après le chargement". Il précise aussi qu'il y a des exceptions à la règle la nuit : "On ne va pas demander au propriétaire du véhicule de le déplacer à 3 heures du matin, ça n'a pas beaucoup de sens".
Que dit la règle ?
"La réglementation n'est pas encore très très précise à ce sujet", reconnaît l'échevin. Et c'est aussi ce qui agace Mattias, il assure que rien n'indiquait qu'il ne pouvait pas rester sur cet emplacement.
Dans les faits, ce qui n'est pas toujours très clair, c'est justement le temps accordé à l'automobiliste pour bouger sa voiture avant d'être sanctionné. Outre cela, depuis 2022, les véhicules qui se trouvent sur une place avec une borne doivent y être branchés, c'est une obligation. Vous avez d'ailleurs peut-être déjà vu des panneaux qui indiquent "50€ les 4h30 excepté véhicules en charge".
Le but : augmenter la disponibilité des bornes pour les automobilistes qui en ont besoin. C'est ce qu'explique Romain Deneyer, coordinateur chez EV Belgium, la fédération qui travaille au développement de la mobilité zéro émission dans notre pays : "Ce ne sont pas des places classiques, elles sont prévues pour la recharge et une fois que vous avez terminé, il faut bouger. C'est une bonne chose pour qu'il y ait une rotation suffisante pour les utilisateurs".

Il va plus loin en affirmant qu'il est nécessaire de sanctionner : "Le risque, s'il n'y a pas d'amende, c'est que des voitures qui ne sont pas électriques ou des voitures électriques qui ne chargent pas se garent sur ces places pour ne pas payer, par exemple". Quant au problème de Mattias, Romain Deneyer propose d'imaginer un système avec un quart d'heure de souplesse, à l'image de certains parkings payants. Le propriétaire du véhicule, grâce à une application sur son téléphone ou directement sur le tableau de bord, est en mesure de connaître le temps restant avant la recharge totale. Dès lors, il aurait 15 minutes pour déplacer sa voiture.
Vers la mise en place d'un tarif de rotation
Thibaud Wyngaard et Romain Deneyer affirment tous deux que "la réglementation est amenée à évoluer". Il est notamment question d'avoir une homogénéité entre toutes les communes bruxelloises avec la mise en place d'un tarif de rotation. L'idée est d'inciter les automobilistes à bouger leur voiture après la fin de la recharge.
Le principe est assez simple : la recharge s'arrête lorsque la voiture a fait le plein et après cela, un tarif de parking est appliqué pour chaque heure ou demi-heure passée en plus sur l'emplacement. Le tarif en question augmenterait en même temps que les heures passées sur place. L'échevin précise que les détails doivent encore être affinés, il n'est donc pas possible de parler de chiffres précis à l'heure d'écrire ces lignes.
Ce nouveau système permettrait aussi de facturer directement les personnes qui se stationnent sur ces emplacements pour de mauvaises raisons. Pour l'instant, les infractions doivent être constatées par des agents. Et pour celle de Mattias, la commune d'Uccle a accepté de retirer l'amende étant donné la situation exceptionnelle.
Y a-t-il suffisamment de bornes ?
Selon les chiffres de la Febiac, l'année dernière en Belgique, une voiture sur deux possédait un moteur électrique. Il faut donc pouvoir les recharger pour la majorité. Or, toutes ces questions de rotation sur les places qui disposent de bornes font remonter une grande question à la surface : y en a-t-il suffisamment ?
Il est difficile de donner une réponse tranchée à cette question, étant donné que nous n'avons pas de données concernant les bornes privées. Une chose est toutefois assez évidente : la Flandre semble mieux lotie.
Ainsi, fin 2023, la Flandre disposait de plus de 30 000 infrastructures de recharge, contre moins de 10 000 en Wallonie et également moins de 10 000 à Bruxelles, selon EV Belgium.