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"C'est mettre les gens devant le fait accompli": Alice ne peut pas toucher la prime pour la stérilisation de son chat à Seraing

Alice, une habitante de Seraing, a récemment découvert que les primes proposées par la commune pour la stérilisation des chats domestiques ont soudainement été supprimées. L'échevine du Bien-être animal indique que cette décision a été prise pour des raisons budgétaires. L’association de défense des animaux Gaia appelle à maintenir certaines mesures pour éviter une prolifération des chats.

En septembre dernier, Alice a adopté un nouveau chat, appelé Gini. Quelques mois plus tard, elle a découvert chez son vétérinaire qu’une prime pour la stérilisation des chats domestiques était disponible à Seraing (province de Liège). 

Après avoir fait stériliser son chat (une obligation en Belgique), la Sérésienne a entrepris des démarches pour pouvoir bénéficier d'une prime de 75€, car il s'agit d'une femelle (la prime s'élevant à 50€ pour un mâle). 

Alice a envoyé les documents "par mail" à la commune dès le 27 janvier. Ne recevant aucune réponse, elle a introduit une nouvelle demande en envoyant les documents par courrier mi-février. À côté de cela, Alice a aussi acheté une litière biodégradable, après avoir appris qu’une prime était aussi accordée par la commune de Seraing pour l’achat de ce produit.

Mais après plusieurs semaines d'attente, le service du Bien-être animal de Seraing a informé Alice que les primes avaient été supprimées. "C’est un peu mettre les gens devant le fait accompli. Je trouve ça un peu dommage de ne pas communiquer en amont. On m’a dit que je rentrais dans les conditions. Si les primes sont réactivées, ils feront en sorte que je puisse éventuellement obtenir ces primes. Si ça a lieu dans 2-3 ans, je pense que c’est mort. C’est la restriction budgétaire un peu partout", regrette-t-elle.

La ville de Seraing proposait différentes primes

Pourquoi ces primes ont-elles été annulées? La raison évoquée par la commune de Seraing est l'obligation de répondre aux exigences du plan Oxygène, un ensemble de restrictions budgétaires.

"Comme exposé par notre bourgmestre, Déborah Géradon, lors de la présentation du budget au conseil communal du 24 mars, les primes proposées par la ville de Seraing ont malheureusement été supprimées en 2025. C’est une obligation à laquelle nous devons nous soumettre pour correspondre aux exigences du plan Oxygène. La ville de Seraing proposait des primes : à la stérilisation et à l’identification des chats domestiques, à l’utilisation de litière écologique, à l’utilisation de langes lavables, au compostage et à la destruction de nid de frelons asiatiques", indique Julie Geldof, l'échevine du Bien-être animal.

 

D'autres communes sont-elles concernées par cette suppression de la prime pour la stérilisation des chats? Nous avons posé la question à Stéphanie Wyard, la porte-parole d’Adrien Dolimont, le Ministre-Président du Gouvernement wallon en charge du Bien-être animal. "La commune octroie des primes de manière tout à fait autonome. Il ne s’agit donc pas d’une décision prise par la Région wallonne. Nous ignorons si d’autres communes peuvent être concernées puisqu’il s’agit d’une décision éminemment politique et budgétaire que de supprimer cette aide citoyenne."

Sur les conséquences que pourrait provoquer cette décision, Stéphanie Wyard indique qu'"elles sont malheureusement relativement claires à imaginer. En l’absence d’aides communales, un public plus fragile pourrait ne plus faire pucer et stériliser leurs chats. Ceci conduit à une absence du contrôle de leur reproduction sur leur territoire notamment. Il y a donc une croissance de chats qui deviennent potentiellement errants. Les portées de chatons non désirés augmentent et exacerbent le problème de surpopulation animale dans les refuges. Il y a également des soucis de bien-être animal. Les chats errants souffrent souvent de malnutrition, de blessures et d'autres conditions de vie difficiles, comme des températures extrêmes ou des maladies non traitées. Ces conditions peuvent nuire à leur qualité de vie." 

260.000 chats de propriétaires n’ont pas été stérilisés

Sébastien de Jonge, directeur des opérations chez Gaia (l'association de défense des animaux), rappelle que la stérilisation des chats est obligatoire depuis le 1er novembre 2017 (en savoir plus).

"Le dispositif fonctionne, mais clairement, il n’est pas suffisant. Il permet d’enrayer et de limiter la surpopulation féline. Cette problématique reste une réalité. Mais cette obligation a eu des effets sur l’amplification de la surpopulation. Cela a permis de limiter la casse", souligne Sébastien de Jonge. "On a fait des enquêtes d’opinion en début d’année, et on se rend compte que la large majorité des propriétaires de chats ont fait stériliser leurs animaux. La première raison qui vient pour une personne sur trois, c’est le respect de la loi. On voit que l’obligation de stériliser a un impact. En Wallonie, plus de 85% des propriétaires de chats ont fait stériliser leur animal. À Bruxelles, on est à 80%. On voit qu’il y a un haut taux de propriétaires de chats qui ont fait la stérilisation, mais il reste quand même énormément de gens qui ne l’ont pas fait. Environ 260.000 chats de propriétaires n’ont pas été stérilisés. C’est sur ceux-là qu’il faut travailler."

Le porte-parole de Gaia indique que, dans des enquêtes réalisées, une des raisons invoquées pour ne pas faire stériliser son animal est le coût de l’opération et de la stérilisation. "C’est paradoxal, car quand on demande aux gens combien ils seraient prêts à payer, on voit qu’il donne un montant supérieur au coût réel. Il y a un manque d’informations par rapport à ça. Les gens sont prêts à payer un montant de 140€ pour un mâle. Or, la stérilisation est généralement moins chère (en moyenne, l’opération d’un mâle coûte 75€, contre 150€ pour une femelle). Il y a un travail à faire."

Les primes à la stérilisation ont un impact bénéfique, car "c’est un incitant". "La prime est un élément positif, même si ça ne règle pas tout. On n’a pas d’étude spécifique sur les primes à la stérilisation. On sait que dans certaines grandes villes, notamment à Anvers, il y a eu des résultats assez positifs. Généralement, les budgets sont assez vite épuisés. Donc, on voit que la population répond positivement à la demande. Ce n’est pas le seul levier. Il y a aussi tout le volet contrôles et sanctions. Il y a des gens qui ne le font pas, car ils n’ont pas envie et que ça ne les intéresse pas."

 

De nombreuses communes ne proposent pas de primes pour la stérilisation des chats domestiques, "ce qui est normal", indique Sébastien de Jonge. "Il y a des communes rurales, où il n’y a pas cette problématique de chats errants, et il n’y a pas d’intérêt à donner des primes à la stérilisation. Cela se fait via des initiatives dans certaines grandes villes, mais ce n’est pas la solution miracle. Il faut un ensemble de mesures comprenant les contrôles, la sensibilisation, les primes… C’est vraiment un tout. Le plus dramatique, ça serait une commune, qui ne ferait absolument rien, avec des populations de chats errants qui se développeraient très vite."

Et de conclure: "Clairement, les obligations légales ont permis d’éviter un drame encore plus important. Le problème reste important. Vous appelez n’importe quel refuge, ils sont complètement débordés et saturés. Il faut encore aller plus loin. On demande de passer la vitesse supérieure. On garde les dispositifs légaux qui ont fait leur preuve, mais il faut traiter le problème, car il y a toujours cette problématique de surpopulation de chats errants. Il faut aller plus loin avec de la sensibilisation et des sanctions."

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