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Didier François, l'un des quatre ex-otages français du groupe Etat islamique en Syrie, a assuré vendredi devant la cour d'assises spéciale de Paris qu'il n'avait "aucun doute" sur le fait que Mehdi Nemmouche était l'un de ses geôliers.
De nouveau appelé à la barre vendredi, au lendemain d'une audition fleuve de l'accusé, le journaliste de 65 ans, partie civile, a évoqué un "petit miracle de l'oralité" des débats à l'audience: "J'ai retrouvé le Mehdi Nemmouche que je connais". "Les mêmes termes", "les mêmes gestes", "les mêmes obsessions", "les mêmes discussions", énumère Didier François, habillé en noir, barbe et cheveux blancs.
Jeudi, Mehdi Nemmouche, condamné à la perpétuité en Belgique pour quatre assassinats terroristes au musée juif de Bruxelles en 2014, s'est livré à une longue diatribe tout en persistant à nier le rôle de geôlier. "Toujours cette volonté d'héroïsation", "de justification du combat", explique le journaliste en se tournant vers l'accusé, qui, l'air pincé, lui lance un regard noir, en coin.
Soulignant la bonne connaissance qu'a Mehdi Nemmouche du système carcéral, Didier François estime qu'"il nous a fait la démonstration hier de son objectif réel", de poursuivre son entreprise "en recrutant des gens en prison qui se radicaliseraient". "Je pense que Mehdi Nemmouche est dangereux, il vous l'a montré hier", prévient Didier François.
"Moi en tant que partie civile et otage, je n'ai aucun doute" qu'il était l'un de leurs geôliers, poursuit-il, évoquant ses "attitudes", ses "discours". "Pour moi ça ne fait strictement aucun doute, c'est Mehdi Nemmouche, je n'ai aucun doute", insiste-t-il.
"Pas de volonté de vengeance"
Il a également évoqué le fait que les ex-otages n'ont "pas de volonté de vengeance", mais "une volonté de protéger nos compatriotes", évoquant le sentiment de "frustration dans le fait de ne pas avoir réussi à empêcher les attentats" jihadistes qui ont ensanglanté la France à partir de 2015.
Invité à réagir, Mehdi Nemmouche se lève: "Je comprends sa souffrance, elle est légitime, mais je ne suis pas responsable de ça".
"Il a donné énormément d'informations, très détaillées", relance le président Laurent Raviot. Rappelant ses explications de la veille, Mehdi Nemmouche réitère qu'"une pluralité d'insuffisances ne font pas une suffisance", "j'ai répondu point par point". "Je n'ai pas d'explication à donner, je ne suis pas en mesure de vous dire les raisons pour lesquelles il est persuadé que ce soit moi", ajoute l'accusé.
De son côté, Nicolas Hénin, également journaliste et ex-otage, a affirmé que, pour lui, l'enjeu "aujourd'hui, c'est de contrarier la starification de Mehdi Nemmouche, donc de contrarier le mouvement qu'il a amorcé hier. Un témoignage, une déposition qui était remplie de références jihadistes dans lesquelles il confirme qu'il est profondément ancré dans l'idéologie jihadiste qu'il cherche à propager et qu'il cherche à se construire une notoriété et à devenir une figure du jihadisme français. C'est ça que je vais chercher à contrarier."
Pourquoi Nemmouche est-il jugé?
Mehdi Nemmouche est actuellement jugé à Paris, et ce depuis le 17 février 2025, pour son rôle présumé de geôlier dans les prisons syriennes de l'État islamique en 2013. Avec quatre autres hommes, il est accusé d'avoir détenu et torturé des otages, dont quatre journalistes français : Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres13.
Nemmouche est poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste, actes de torture et de barbarie, séquestrations en relation avec une entreprise terroriste et préparation d'actes terroristes dans dix pays.
Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.