Partager:
La condamnation de Marine Le Pen à quatre ans de prison dont deux fermes et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire pour "détournement de fonds publics", est une décision historique et inattendue pour le Rassemblement national. Théoriquement, elle empêchera sa championne de se présenter à l'élection présidentielle de 2027.
Sur le plan formel, la vie politique de Marine Le Pen n’est pas terminée. Pour des raisons constitutionnelles, un peu complexes, malgré la peine d’inéligibilité avec effet immédiat, elle ne perdra pas son poste de députée, et restera donc cheffe du groupe RN à l’Assemblée nationale.
Hier soir, elle s’y est d’ailleurs rendue, histoire de montrer symboliquement qu’elle conservait ses fonctions. En revanche, s’il y avait une dissolution, possible dès le mois de juillet, elle ne pourrait pas se représenter. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le Premier ministre François Bayrou, car Marine Le Pen ne prendra probablement pas le risque de le censurer et donc de provoquer des élections législatives. Dans ce cas, alors oui, sa vie politique serait sérieusement compromise.
D’ailleurs, la réaction de François Bayrou à la condamnation a été très modérée. Le Premier ministre s'est dit "troublé par l'énoncé du jugement". Il faut dire qu’il a lui-même été relaxé l'an dernier en première instance, dans un procès comparable concernant les assistants des députés européens de son propre parti, le MoDem.
De son côté, Emmanuel Macron n’a pas encore réagi officiellement, mais Marine Le Pen a déjà déclaré qu’elle ne demanderait pas de grâce présidentielle. De toute façon, une telle grâce ne peut être accordée que quand tous les recours ont été épuisés ce qui n’est pas le cas, puisqu’elle va faire appel. Cet appel est d’ailleurs sa dernière chance de pouvoir concourir en 2027. Malgré les lenteurs de la justice, le second procès pourrait se dérouler avant la présidentielle et si elle obtenait gain de cause, elle serait de nouveau blanche comme neige. Une éventualité qui n’est pas impossible, car l’ancienne avocate a développé un argument devant ses fidèles : la juge qui l’a condamnée a justifié le caractère immédiat de l’inéligibilité par le risque de récidive. Or, Marine, le Pen n’est plus députée européenne, elle ne peut donc pas récidiver.
Cet argument pourrait être recevable aussi bien en appel qu’en cassation. En attendant, elle ne peut pas vraiment jouer sur une éventuelle mobilisation de l’opinion publique en sa faveur. En effet, d’après un sondage publié ce matin, 61 % des Français approuvent le fait qu’elle ait été traitée comme n’importe quel citoyen. De ce fait, pas question de crier trop fort à l’injustice en dénonçant des magistrats qui auraient privé les électeurs de leur droit de choisir tel ou tel candidat.
Quant aux militants du Rassemblement National, ils sont scandalisés, bien sûr, mais beaucoup d’entre eux misent désormais sur une candidature du dauphin, Jordan Bardella. Pour l’instant, le jeune leader du parti, 29 ans, soutient toujours sa patronne... pour l'instant.