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Ce jeudi, deux chercheurs français ont été condamnés à huit mois de prison ferme avec arrestation immédiate pour avoir lancé des bouteilles remplies d'azote dans les jardins du consulat de Russie à Marseille. Leur explosion n'a fait ni blessés ni dégâts. Le juge lui-même a parlé d'une "grosse bêtise", mais en s'attaquant à un consulat, ils ont violé le droit international.
Ça s'est passé lundi matin à Marseille, le jour du troisième anniversaire de l'offensive de Moscou contre l'Ukraine. Pendant plusieurs heures, on a cru à un véritable attentat. Trente marins-pompiers ont été déployés sur place et le quartier a été bouclé pendant toute la matinée. Les autorités ont pris ça très au sérieux, d'autant que la Russie a protesté officiellement.
Attirer l'attention sur "l'état du monde"
Les deux chercheurs du CNRS, le Centre National de la Recherche Scientifique, abondamment filmés par les caméras de surveillance, ont été interpellés le soir même lors d'une manifestation contre Poutine. Et donc hier, jeudi, ils ont été convoqués en comparution immédiate par un tribunal bien embêté. Deux scientifiques exemplaires, dépourvus de tout casier judiciaire, Vasile Eresanu, 48 ans, docteur en physique des matériaux, Georges Sitja, 59 ans, docteur en nanosciences, voulaient attirer l'attention sur l'état du monde, à la fois contre l'invasion russe de l'Ukraine, l'élection de Donald Trump et le dérèglement climatique.
"En fait, j'ai longuement réfléchi à la procédure pour que ce soit sans danger, mais je ne me suis pas posé la question de l'après", a dit Georges Sidja, à la barre. Après-coup, oui, c'était vraiment stupide.
Les deux docteurs en sciences ont en fait reproduit une expérience qu'on montre parfois aux élèves en cours de chimie. Quand de l'azote liquide se transforme en gaz, il devient explosif. Les chercheurs ont donc provoqué deux mini-explosions équivalentes à l'éclatement d'un pneu de bicyclette. En plus, l'un des deux a raté sa cible et a lancé sa bouteille en plastique, non pas dans le jardin du consulat, mais dans celui d'un voisin.
Les actes commis sont graves et présentent pour nous tous les signes d'un acte terroriste
Le problème, c'est qu'ils ont commis deux délits en se procurant sans autorisation de l'azote liquide dans les réserves du CNRS et surtout en s'attaquant à une représentation diplomatique. C'est un tabou absolu en droit international, leur a lancé le procureur. "Les actes commis sont graves et présentent pour nous tous les signes d'un acte terroriste", a déclaré à l'audience le consul de Russie. Réponse du procureur "le côté terroriste, il a vite fait, comme la bouteille pchit, la moindre manif de paysans, c'est plus musclé."
Pour autant, pas question de passer l'éponge. Le juge s'est longuement interrogé sur la manière de sanctionner ce qu'il a appelé lui-même une grosse bêtise. Résultat : huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt immédiat. Mais il lui a laissé, une fois en prison, la possibilité de demander un bracelet électronique. Ils ont cinq jours pour le faire et on leur accordera, bien sûr.
La morale de l'histoire, c'est que quand on est un savant respecté, il ne faut pas jouer à l'apprenti sorcier.