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Le ministre de l'Emploi a annoncé son intention de revoir le statut d'artiste, qui permet aux travailleurs des arts de bénéficier du chômage sans limite de temps lorsqu'ils ne prestent pas. Ce projet inquiète le secteur. Ils étaient nombreux d'ailleurs à manifester ce lundi à Bruxelles.
Atelier Mille, à Saint-Gilles. Là, entre coups de crayon et stylet, des dessinateurs et scénaristes de bande dessinée s'activent. "On est neuf en général, mais out le monde n'est pas toujours présent", montre Pierre Lecrenier, auteur de BD. Sur ces neuf artistes, six d'entre eux bénéficient du statut de travailleurs des arts.
Si sur deux années, ils prouvent qu'ils exercent 156 jours une activité artistique, ils peuvent bénéficier d'une allocation qui n'est pas dégressive. "Quand on n'a pas ce statut, on est obligé d'avoir un deuxième travail", explique Pierre Lecrenier. "Moi j'ai été prof pendant six ans par exemple. J'aimais bien ce métier mais c'est très difficile de travailler la BD sur le côté. Donc ce qui fait qu'on travaille le week-end, les soirées, les nuits même..."
Autre cas de figure dans l'atelier, celui de Léonie Bischoff. Elle est l'exception qui confirme la règle car elle n'a pas ce statut d'artiste. "Quand on est précaire, qu'on pense aux fins de mois, c'est pas le meilleur cadre pour l'imagination..." Heureusement pour elle, la jeune femme a obtenu un prix au festival d'Angoulême qui a "complètement changé" sa vie. "Je suis vraiment sortie de la précarité dans laquelle j'étais depuis le début de mon métier."
De nombreux artistes belges se sont donc rendus ce lundi à la manifestation dans le cadre de la grève nationale, à Bruxelles. Inquiets mais soudés face aux mesures de l'Arizona concernant leur statut d'artiste. Le texte de l'accord du gouvernement est pourtant très clair: "La réforme du précédent gouvernement concernant les exceptions pour les artistes est conservée", y est-il écrit.
"Pas valorisant"
Mais le ministre de l'Emploi, le MR David Clarinval, indique réfléchir à modifier ces exceptions. "Compte tenu de la spécificité de ce statut, il est donc logique que nous tenions le débat au gouvernement. En effet, il n'est ni valorisant pour les artistes, ni équitable pour les autres catégories de travailleurs, de considérer que les artistes seraient des chômeurs sans dégressivité et sans limite de temps", a-t-il lâché au Parlement jeudi dernier. Le ministre de l'Emploi ne veut pas réagir davantage.
Des discussions sont en cours au sein du gouvernement.
Les artistes sont 8.000 en Belgique à bénéficier du statut des travailleurs des arts, dessinateurs, danseurs, chanteurs ou encore caméramans et techniciens.