Longtemps attendu, l'interrogatoire des accusés a finalement commencé ce mercredi au procès des attentats à Bruxelles du 22 mars 2016. Il a débuté par des questions visant à dresser la personnalité des neuf hommes comparaissant devant la cour d'assises, un dixième - présumé mort - faisant défaut. La plupart d'entre eux ont contesté être impliqués dans les faits.
"C'est une injustice que je sois dans ce box", a clamé Salah Abdeslam lors de l'audition des accusés ce mercredi matin au procès des attentats de Bruxelles. "Je n'ai rien à avoir avec ces faits car la préparation a eu lieu alors que j'avais déjà été arrêté en France", note-t-il. "Je n'étais au courant de rien", s'est justifié le Français âgé de 33 ans. "Il est innocent, donc il est injuste qu'il soit dans le box", a renchéri, hors de la salle d'audience, son avocat Me Michel Bouchat.
Interrogé sur les raisons de son mutisme, Salah Abdeslam a expliqué qu'il n'a pas voulu répondre aux questions des enquêteurs et des juges d'instruction belges car il était en état de choc après son arrestation le 18 mars 2016 à Molenbeek-Saint-Jean. "Tout d'abord, c'est un droit que j'ai et que j'ai fait valoir", a soutenu l'accusé. Il a aussi évoqué une convalescence très difficile après avoir été blessé à la jambe par un tir policier lors de son arrestation. "Le traitement qu'on m'a donné à ce moment-là était impitoyable."
Toujours vindicatif, Salah Abdeslam est devenu directement plus doux lorsqu'il a parlé de son enfance à Molenbeek. L'interrogatoire ne portant que sur la personnalité des accusés, Salah Abdeslam s'est montré dithyrambique concernant sa famille, louant une mère "courageuse", un père "admirable" et des frères "protecteurs et bienveillants".
"Pour moi, vous n'êtes pas apte à juger une telle affaire"
Même chose pour son ami d'enfance Mohamed Abrini, également accusé, et qui a parlé d'une enfance plutôt heureuse dans les quartiers molenbeekois. "Pour moi, vous n'êtes pas apte à juger une telle affaire", a-t-il lancé à la présidente de la cour d'assises. "Cette affaire nous dépasse tous", a ajouté "l'homme au chapeau", qui avait renoncé à se faire exploser à l'aéroport de Zaventem, lors de l'interrogatoire sur sa personnalité.
L'accusé a, dès le début des questions de la présidente, reconnu son implication dans la double explosion à Zaventem. "Je suis en aveux dès le premier jour", a-t-il dit, expliquant ne pas avoir voulu avouer dans un premier temps, jusqu'à ce qu'un autre individu soit soupçonné d'être l'homme au chapeau. Pour les faits survenus dans le métro, "j'ignorais que cela allait se passer à Maelbeek", a répondu Mohamed Abrini.
Début de l'interrogatoire
L'interrogatoire des accusés a débuté ce mercredi, devant la cour d'assises de Bruxelles chargée du procès des attentats du 22 mars 2016, par un portrait de Bilal El Makhoukhi. Alors que la présidente de la cour, Laurence Massart, égrenait les qualités attribuées à l'homme par ses proches, celui-ci s'est arrêté sur le mot "honnête"."Si je l'étais, je ne serais pas ici", a-t-il reconnu.
Pour débuter l'interrogatoire, Laurence Massart a commencé par poser trois questions concernant la reconnaissance des faits : "Êtes-vous en aveu d'avoir participé aux faits qui ont abouti à la double explosion à Zaventem ?", a-t-elle interrogé, avant de poser des questions similaires pour Maelbeek et la participation à une organisation terroriste. À trois reprises, l'accusé a répondu par l'affirmative.
Éludant le passage en Syrie de l'intéressé, qui sera abordé plus tard, l'interrogatoire s'est ensuite dirigé vers son retour en Belgique. "J'étais bien amoché", a reconnu Bilal El Makhoukhi. "Je devais recommencer à marcher, car j'ai une prothèse en dessous du genou. Je n'ai pas été au centre de rééducation, je l'ai fait par moi-même." Sur sa santé psychologique: "Le moral n'était pas bon, quand je suis revenu, ça a été un choc. J'étais tellement dans l'ambiance là-bas que j'avais l'impression de n'avoir jamais vécu ici."
"À mon retour, je suis déprimé, j'ai envie de retourner en Syrie. Je n'avais pas de loisirs, je lisais des livres religieux. J'avais gardé des contacts avec des gens sur place pour essayer de repartir", a déclaré l'accusé. "Quand j'ai été arrêté, j'avais une fenêtre pour repartir grâce à Laachraoui et El Bakraoui." Interrogé sur ses relations avec les autres protagonistes du dossier, Bilal El Makhoukhi a expliqué avoir connu Hervé Bayingana Muhirwa par un ami commun. "On allait au café tous les trois", a-t-il dit.
J'ai une part de responsabilité
Hervé Bayingana Muhirwa a également été interrogé sur la personnalité par la présidente de la cour. Il a reconnu avoir "une part de responsabilité" dans les attentats du 22 mars 2016. "Je m'expliquerai au moment voulu", a-t-il déclaré. Il a cependant une nouvelle fois démenti être "Amine" - dont il est question dans certains messages audios des terroristes - et a répété ne pas savoir de qui il s'agissait.
Laurence Massart a de nouveau retracé le chemin de vie de l'accusé, de sa naissance à Kigali à aujourd'hui, revenant sur les étapes marquantes de son existence, comme l'assassinat de son père, opposant politique, l'exil du reste de la famille lors du génocide en 1994, son arrivée en Belgique ou encore le décès de son petit frère en 2011.
Après un début de vie compliqué pour des raisons géopolitiques, Hervé Bayingana Muhirwa parvient tout de même à mener une vie "classique" en Belgique, il suit des études secondaires en comptabilité, qu'il finira par compléter par un bachelier dans le domaine. Tout son entourage travaille dans le social, où il finit également par trouver sa voie : il travaille dans un centre de la Croix-Rouge pour réfugiés lors de son arrestation en avril 2016.
"Mais que faites-vous dans un box d'accusés ?", lui a demandé la présidente après la présentation de son curriculum vitae des plus classiques, soulignant le total décalage entre sa volonté affichée de faire le bien et sa présence dans un tel dossier. "Ce sont des circonstances (...) que je regrette énormément. Pas les rencontres, mais ce qui m'a amené ici."
"Qu'on reconnaisse mon innocence dans mon pays"
Cinquième accusé interrogé mercredi par la présidente de la cour d'assises, Ali El Haddad Asufi a déclaré qu'il "misait tout sur ce procès", souhaitant "qu'on reconnaisse mon innocence dans mon pays".
Avant lui, seul Salah Abdeslam avait également répondu non aux trois questions d'entame, à savoir si l'accusé était en aveu d'avoir participé d'une quelconque façon aux attentats de Zaventem et Maelbeek du 22 mars 2016, ou aux activités d'un groupe terroriste.
Al El Haddad Asufi a été condamné à 10 ans de prison dans le procès des attentats de Paris, pour participation aux activités d'un groupe terroriste, une peine assortie d'une sûreté des deux tiers. Il est désormais théoriquement libérable.
"Il fallait donner des réponses aux 3.000 parties civiles, il fallait des coupables", a-t-il affirmé, disant qu'à ses yeux son innocence était "évidente" à l'époque, et l'est toujours. "Pas la force" de faire appel du jugement parisien après 10 mois d'un procès harassant, il "mise tout sur ce procès" pour établir son innocence.
"Je n'ai pas droit à la présomption d'innocence", a-t-il dénoncé. "Je n'y ai jamais eu droit, sinon je comparaitrais au moins libre."
"On m'a volé ma vie"
Ibrahim Farisi, qui comparait libre au côté de son frère Smail, s'est lui décrit comme "un corps sans âme" lors de son témoignage devant la cour d'assises de Bruxelles. "On m'a volé ma vie", a également affirmé l'homme, qui est le seul des accusés à n'être inculpé que de "participation aux activités d'un groupe terroriste".
À l'unique question visant à savoir s'il était en aveu de ce chef d'inculpation, Ibrahim Farisi a répondu par la négative. "Participer avec qui ? Je ne connais personne ici, je ne vais pas participer avec quelqu'un d'invisible", a-t-il lancé à la présidente de la cour, Laurence Massart.
L'accusé a été arrêté avec son frère le 9 avril 2016 puis libéré sous conditions sept mois plus tard. L'une des conditions lui imposait de trouver du travail. "J'ai été aux taxis, puis au CPAS en tant qu'agent d'accueil", a expliqué Ibrahim Farisi. "Maintenant, je n'ai plus d'emploi et j'émarge au CPAS."
Questionné sur son état psychologique, le trentenaire a affirmé "vider une boite d'anxiolytiques en deux jours". Il a par contre soutenu être en cours de sevrage concernant l'alcool, dont sa consommation problématique l'avait amené à se faire remarquer à plusieurs reprises depuis le début du procès. Anticipant la question sur ses qualités et défauts : "je n'ai plus de qualité, plus de défaut, plus d'espoir. Je suis un corps sans âme, on m'a volé ma vie. Je ne fais plus rien de ce que j'aime", a exprimé l'accusé. "Tout ce que j'ai entendu ici depuis trois mois c'est un fardeau pour moi."
L'homme a enfin présenté ses relations avec sa famille comme excellentes avant de se remémorer sa vie d'avant. "J'étais ambitieux, sociable, les gens venaient vers moi. J'aimais aider les gens. J'aimais ma vie d'avant", a-t-il conclu.
Osama Krayem fait valoir son droit au silence
Comme cela était attendu depuis plusieurs semaines maintenant, Osama Krayem a fait valoir son droit au silence et a demandé à retourner en cellule. Une décision qui était attendue, l'homme qui avait renoncé à se faire exploser dans le métro le jour des attaques ayant déjà prévenu qu'il ne s'exprimerait pas lors de cette séquence du procès.
Sofien Ayari a fermé le bal des interrogatoires de personnalité. Il a confié sa "surprise" d'être inculpé pour les attaques à Bruxelles, lui qui se trouvait en prison le 22 mars, après avoir été arrêté le 18 mars 2016 dans la foulée de la fusillade survenue rue du Dries, à Forest. "Le projet a été élaboré après mon arrestation, dans la précipitation", a-t-il répété, en écho à des déclarations similaires de Salah Abdeslam.
L'interrogatoire croisé des accusés sur les faits en eux-mêmes débutera jeudi matin. Il devrait s'étaler, au fil des nombreux thèmes abordés, sur environ deux semaines.
Le festival des lâches..! Ils sont tous à vomir..!
Gérard G