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Beaucoup de gens n'osent pas en parler: Corine, de Lodelinsart, a attrapé la gale et souhaite informer la population

"Ca va, je n'ai pas la gale": qui n'a jamais entendu cette expression? Cette affection de la peau, qui provoque d'horribles démangeaisons, a une connotation très négative car elle est assimilée - à tort - à un manque d'hygiène. Corine vient d'en faire la très désagréable expérience et a souhaité nous la raconter pour lever le tabou qui pèse sur cette maladie terriblement contagieuse.

"Je pense utile d’informer la population pour éviter qu’une épidémie se répande": c’est le message que nous délivre Corine, 55 ans, par le biais de la page Alertez-nous. Cette habitante de Lodelinsart a attrapé une maladie bénigne, mais extrêmement contagieuse: la gale. Elle nous explique comment elle s’en est rendu compte: "J’ai constaté l'apparition de petits boutons sur les avant-bras qui provoquaient un chatouillement intense. Croyant à une allergie due à mon bracelet-montre, j'ai tardé à consulter mon médecin traitant jusqu'à ce que les lésions atteignent ma poitrine, mon ventre et mes jambes en un week-end", nous explique-t-elle.


Quels symptômes?

Lorsqu’elle s’est rendue chez le docteur, le diagnostic est tombé rapidement: "C'est la gale sarcoptique, il y a beaucoup de cas en ce moment", s’est-elle vue répondre. Dominique Tennstedt, dermatologue aux Cliniques Universitaires Saint-Luc, nous confirme avoir le sentiment d’une recrudescence de cas ces dernières années. "Il y en a de manière très fréquente, toutes les semaines on voit des cas de gale", nous-dit-il. Le diagnostic est donc très rapide à poser. "Il peut même se faire par téléphone: si on se gratte, en famille, surtout le soir, voire au début de la nuit, il n’y a pas ou peu de doute". Petite particularité: la personne qui souffre de la gale n’a pas de démangeaisons sur le visage, pour des raisons que les médecins ne peuvent, à ce jour, expliquer.


C'est quoi la gale?

La gale, c’est une affection contagieuse, causée chez l’homme par le sarcopte, un parasite issu de la sous-classe des acariens, bien qu’il n’ait rien à voir avec les acariens qui se logent dans nos matelas. 

Ces bestioles, observables à la loupe, mesurent un tiers de millimètre. Elles se logent sous la première couche de notre épiderme pour venir y pondre des œufs. "On observe sur le corps de petites vésicules, et des sillons noirs dans lesquels les sarcoptes se déplacent. C’est surtout entre les doigts de la main, au poignet et aux endroits plus chauds comme les aisselles et l’aine. Chez les petits enfants, ce sillon et ces vésicules se retrouvent surtout sur le pied".

A noter que la gale "de l'humain" n'est pas transmissible à l'animal, et vice-versa.




Un sentiment de honte

Corine aurait pu hésiter à nous contacter: la gale a une connotation négative, souvent assimilée à un manque d’hygiène. "Beaucoup de gens n’osent pas en parler, car la gale est considérée comme une maladie honteuse", explique-t-elle. "Mais elle évolue dans tous les milieux sociaux. [...] Entre-temps, mon ami a été contaminé ainsi que plusieurs personnes de mon entourage que je n'ai pourtant pas approchées".

Le dermatologue le confirme: "Ce sentiment de honte doit être complètement mis au second plan puisque la gale peut atteindre autant les gens 'propres' que 'sales'. C’est le fait d’être ensemble qui facilite la transmission, qui se fait par contact de peau à peau. Le sarcopte ne vole pas, il ne tombe pas. Il faut vraiment un contact plus ou moins proche. Il se transmet donc entre époux, entre amants, entre enfants, dans des camps scout, des crèches..."


Comment ça s'attrape?

Corine n’a aucune idée de la façon dont elle a pu attraper cette affection de la peau, mais elle a tenu à en parler pour en quelque sorte "lever un tabou": "Cacher que l'on est atteint de la gale tout en maintenant des contacts directs avec les gens est de l'inconscience", dit-elle, souhaitant ainsi stopper la prolifération.

Si les raisons de la transmission de la gale ne sont pas à trouver dans le manque d’hygiène, elles ne sont pas plus liées aux températures clémentes. Il reste simplement des foyers, qu’on ne parvient pas à éradiquer, comme c’est le cas pour les poux. "C’est classique par exemple dans les refuges de montagne, où on dort avec une couverture en laine qui aurait été contaminée par quelqu’un d’autre la veille", explique le dermatologue. Le sarcopte ne vit pourtant pas plus de 72 heures sur un textile: il a besoin de l’humain pour survivre.


Quel traitement?

Aujourd’hui, Corine subit un traitement à base d’une pommade dont elle s’enduit du cou à la plante des pieds. "Ce n'est pas tout, il faut nettoyer de fond en comble toute l'habitation, laver les draps à 60 degrés, tout le linge de toilette et les vêtements chaque jour jusqu'à l'éradication des parasites". Pour les textiles impossibles à laver, il est également possible de les emballer dans un sac hermétique et de les placer au moins 24 heures au frigo, voire au congélateur pour aller plus vite, nous explique le dermatologue. Corine n’est pas au bout de ses peines vu que son compagnon est lui aussi atteint...

Il existe également un traitement oral, administré notamment lors d’une contamination dans un home: "Badigeonner tout le monde serait fastidieux et irritant. Ici, en 2 prises à 15 jours d’intervalle, on en est débarrassé". Cependant, dans des cas plus avancés, notamment lorsqu’on a par exemple tardé à se rendre compte de ce dont on souffrait – comme Corine – la crème est inévitable.

Et si l’on ne se soigne pas ? "Il n’y aurait pas de complications graves mais cela provoquerait un prurit (une démangeaison) épouvantable", répond le spécialiste.

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